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Entretien avec le Professeur Camille Roger ABOLOU

Entretien avec le Professeur Camille Roger ABOLOU

Le Professeur Camille Roger ABOLOU de l’Université Alassane Ouattara de Bouaké en Côte d’Ivoire, en mission d’enseignement à la Faculté des Lettres et Sciences Humaines de l’Université de Kara, du 12 au 17 juin 2017, a accordé une interview au service de communication. Au cours de cet entretien intervenu à la veille (le 14 juin) de sa conférence sur le thème de La médiation linguistique en Afrique entre cultures et civilisations spécifiques, après avoir défini et circonscrit le concept de la médiation, le Professeur ABOLOU a évoqué aussi les valeurs ancestrales et les langues, comme facteurs de développement des Etats africains.
 
Professeur, vous animerez une conférence demain sur La médiation linguistique en Afrique  entre cultures et civilisations spécifiques.  Pourriez-vous nous dire ce qui vous a motivé à choisir une telle thématique ?
La médiation est devenue une thématique galvaudée de nos jours. Au début, la médiation concernait principalement le règlement de conflits, de litiges, la conciliation, etc. De plus en plus, nous remarquons que beaucoup de disciplines utilisent le concept de médiation selon leur outil méthodologique et théorique et selon leur environnement intellectuel. Pour ce fait, le Professeur Philippe Gréciano de l’Université de Grenoble m’a convié pour qu’on puisse écrire un ouvrage collectif sur la médiation par une approche interdisciplinaire et contextualisée, qui ne se limite pas seulement à l’Europe, mais qui va concerner aussi l’Afrique, l’Asie et d’autres parties du monde. Nous nous sommes dit que cette approche sera très intéressante et il a intitulé l’ouvrage qui va sortir bientôt, La médiation dans un monde sans frontières. Dans cet ouvrage, j’aborde l’aspect linguistique et d’autres traitent de l’aspect politique et ainsi de suite. C’est sur ces éléments et surtout sur la thématique des valeurs ancestrales africaines que portera ma conférence (NOTE du Secuk : la conférence a eu lieu le 14 juin). Il s’agira de montrer que ses valeurs ancestrales africaines sont des dispositifs développementalistes. Ce sont des dispositifs qui peuvent contribuer au développement économique, social et culturel de l’Afrique. Voilà un peu ce qui a motivé le choix du thème de ma conférence.

Quelles sont ces valeurs ancestrales africaines dont vous parliez et qui peuvent être bénéfiques au développement de l’Afrique ?

J’en distingue trois : l’alliance interculturelle, le bois sacré et l’arbre à palabres. S’agissant de l’alliance interculturelle, à l’époque des royaumes et des empires africains, c’est un dispositif qui a été utilisé pour gérer les grands ensembles territoriaux. Par exemple quand nous prenons un royaume ou un empire, il y a un certain nombre de langues et de cultures qui circulent,  portées par des peuples venant d’horizons divers. Nous constatons également une espèce d’interaction,  de rencontre culturelle qui se fait dans la paix. Après ces constats, nous estimons que c’est un dispositif qu’on pourra bien utiliser pour enclencher et dynamiser beaucoup plus le développement en Afrique, parce que l’Afrique vit actuellement des conflits, mais nous ignorons que bien avant, ce dispositif existait pour mettre en place le vivre ensemble. Ce vivre ensemble était assorti d’un certain nombre de textes fondateurs, par exemple la constitution de Kurukan Fuga ou la Charte du Manding. C’est une vieille constitution qui date du 13ème siècle et qui a permis d’institutionnaliser l’alliance interculturelle que les gens appellent également alliance interethnique. Je déplore le terme ethnique parce que c’est un terme péjoratif que même les ethnologues et les anthropologues rejettent, surtout les Africanistes. Ils disent que c’est une invention coloniale. Même au temps de la Grèce antique, l’ethnie vient de ethnos qui signifie peuple évoluant hors de la cité. La cité, à leur époque est ce qui ressemble un peu à la république d’aujourd’hui. Il y a aussi les ethnologues qui disent que cela vient de ethnikos qui veut dire les impies, les non croyants etc.  Comme vous pouvez le constater, c’est un terme assez péjoratif qu’on colle aux Africains, comme si nous n’avons pas une identité culturelle et que nous avons plutôt une identité ethnique.

Qu’en est-il de la deuxième valeur ancestrale, le bois sacré ?
En ce qui concerne le bois sacré, c’est un dispositif très intéressant pour le développement de l’Afrique parce qu’il a deux volets : le bois sacré ontologique et bois sacré mythologique. En ce qui concerne le bois sacré ontologique, c’est un espace que chaque culture, chaque communauté limite pour la formation des gens, en d’autres termes pour leur initiation. Dans le bois sacré, on apprend la botanique, l’agronomie, la zoologie et bien d’autres choses. Donc le bois sacré est une espèce de réserve d’expériences, de connaissances que les gens ignorent. Si vous remarquez bien, les laboratoires occidentaux (comme le LACITO du CNRS en France) utilisent beaucoup plus des éléments du bois sacré pour mener leur recherche. Les gens pensent que nos langues africaines ne peuvent pas exprimer la science moderne, or c’est faux. Chez les Dogons du Mali, depuis très longtemps ils étaient capables d’exprimer très bien la science, l’astronomie, notamment la représentation des astres avec leur langue.

Quelle est la particularité du bois sacré mythologique ?
Pour ce qui est du bois sacré mythologique, il se retrouve dans les sociétés à masques. Les masques sont déposés dans des zones vraiment protégées pour exalter un peu le rapport entre l’homme et les ancêtres, pour intercéder auprès des ancêtres afin qu’il y ait la cohésion sociale dans la société, le bonheur tant recherché par les acteurs sociaux dans la société etc. Le bois sacré est aussi un dispositif de développement scientifique, technique et religieux. La preuve est que lorsque nous prenons le cas des religions messianiques, les communautés religieuses qui s’installent dans des zones plus ou moins enclavées, elles sont à l’image du bois sacré mythologique. Elles y développent leur écriture et leur école. Nous pouvons donner les exemples du Kibanguisme en République Démocratique du Congo et du Kocangba en Côte d’Ivoire (dans la région de Bouaké), où les enfants apprennent à lire et écrire dans l’écriture Kocangba, que j’ai eu à étudier et à décrire pour le compte de l’UNESCO. Les enfants qui y étudient selon le modèle semi-occidental dans la langue Kocangba sont actuellement en sixième. Cette manière de faire est à l’image du bois sacré mythologique. Et lorsque nous faisons le parallèle, nous remarquons la présence de l’éthique protestante et du développement du capitalisme chez les juifs. Ce constat est à mettre à l’actif du bois sacré mythologique, c’est-à-dire le développement enclenché par rapport à une médiation presque divine.
 
Pourriez-vous nous parler un peu du dernier aspect de ces valeurs ancestrales, à savoir l’arbre à palabres ?
Il y a eu beaucoup de travaux sur la question de l’arbre à palabres. C’est un dispositif de développement politique, qui a permis la mise en place de la confiance, la démocratie de confiance. La parole donnée est le symbole de la confiance. Tous les pactes qui sont signés sont sur la base de la parole donnée. Or l’arbre à palabres essaie de célébrer la parole. Lors des débats tout le monde discute, nous délibérons, nous trouvons une solution avant de quitter l’arbre à palabres. Donc l’arbre à palabres est un dispositif très important pour la démocratie africaine que j’appelle au demeurant la démocratie de parole, puisqu’en Afrique la plupart des gens qui font la politique sont les instruits, et représentent environ dix à vingt pour cent de la population ayant la maîtrise de la langue occidentale. Or ceux qui ne la maîtrisent pas (la langue occidentale) puisent dans les réserves intellectuelles de l’arbre à palabres, c’est-à-dire la parole qui permet de garantir un peu la gestion de la cité. Rien qu’avec la parole, on peut gérer la cité. Ce n’est pas avec les instruments (les choses) de l’occident qu’on peut gérer la cité, mais avec la parole. Une parole donnée est le symbole de la confiance. L’arbre à palabres ressemble un peu à ce qu’on appelle la démocratie délibérative. Or qu’est-ce qu’on a imposé aux pays Africains ? On leur a imposé la démocratie représentative, c’est-à-dire des gens qui vont parler à la place d’une multitude de personnes. Et même par le passé, dans la Grèce antique, la parole était célébrée. Celui qui s’exprimait bien drainait le monde et se faisait comprendre, il était invité à régler un certain nombre de problèmes. Une telle personne faisait partie des gens de parole. La démocratie représentative ne doit pas échoir seulement à ceux qui sont instruits, qui parlent la langue. Même celui qui ne maîtrise pas la langue occidentale, qu’on appelle analphabète, (un terme que je n’aime pas trop) a droit à la parole.

Professeur, nous constatons que les valeurs ancestrales semblent perdues aujourd’hui dans le quotidien des Africains. Comment faire en sorte que ces valeurs ancestrales soient réinvesties par les populations et les politiques qui nous dirigent ?
Ah, oui ! Il y a des expériences un peu partout. D’abord dans les pays anglo-saxons, les valeurs sont réinvesties dans le système moderne. Par exemple la chambre des rois et des chefs traditionnels qui existe depuis un moment dans les pays anglo-saxons. Les pays francophones africains sont en train de prendre en compte ces valeurs ancestrales en mettant en place des institutions de ce genre pour régler les problèmes. Il y a aussi le Professeur Amoa Urbain de la Côte d’ivoire avec le festival de la route des rois, qui  célèbre les valeurs ancestrales en invitant les hommes politiques à les utiliser pour régler un certain nombre de problèmes socio-culturels, économiques, politiques etc. Ce sont donc des expériences. Mais des expériences un peu timides, il faut qu’il y ait une réelle volonté politique et intellectuelle africaine. L’impact de la civilisation a été tellement fort. Nous avons été aussi phagocytés par la mondialisation de la culture, la mondialisation linguistique, économique, et l’on se demande ce que cela peut donner en réinvestissant ces valeurs-là. Je pense que ce sont des valeurs que tout Africain comprend parce qu’en Afrique par exemple, la notion de solidarité relève de l’alliance interculturelle.    

Que doit faire le linguiste ou l’universitaire en général, pour que ces valeurs ancestrales puissent aujourd’hui être comprises par les décideurs actuels et les étudiants qui seront la relève de demain ?

Le linguiste est un peu limité dans ce domaine ; mais que peut-il faire ? Il doit beaucoup plus travailler sur les aspects de la traduction et de la terminologie. Il doit démarrer par la terminologie, s’intéresser à la manière dont les gens nomment les réalités qui existent dans leurs langues. Si cette première démarche n’est pas positive, il doit étudier la façon de nommer ces réalités nouvelles dans les différentes langues qui sont dans son champ de recherche. Ensuite il peut passer à la phase de la traduction. Le travail du linguiste se situe plus à ce niveau. Or ce genre de travail nécessite des financements pour des recherches. Depuis quelque temps, il y a une désaffection de la linguistique, les gens n’aiment plus s’orienter vers la linguistique et les sources de financement se tarissent. Les organismes qui avaient l’habitude de financer ces genres de recherche, ne le font plus. C’est donc avec ses propres moyens que le linguiste mène ce type de recherche. Voilà le fond du problème. Il n’y a plus de crédits de recherche. Nous les Africains bénéficions de ces sources parce que notre développement est un développement aidé. C’est le développement de la main tendue qui consiste à bénéficier continuellement des prêts. Avant de recevoir de l’aide de l’Occident, il y a des paramètres qui sont pris en compte. Est-ce que cela va dans le sens de ses objectifs de développement ? Les occidentaux ne peuvent pas mettre à notre disposition des ressources financières et organisationnelles, humaines et tant d’autres pour que nous atteignions le même niveau de développement  qu’eux.  Ils feront de telle sorte que les Etats africains, que les pays du tiers-monde soient toujours à la traîne de leur conception du développement.


Ce débat a été encore posé tout dernièrement à l’Université de Kara lors de la conférence du Professeur Yaovi AKAKPO sur le binôme Science et Reconnaissance. Cela suscite la question de l’importance des langues africaines et leur contribution au développement des Etats de l’Afrique
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C’est justement l’objet de mon cours actuel intitulé Cultures, langues et développement. Pour ce fait, je pars d’abord de l’Afrique. Les pays africains anglophones disent que les pays africains francophones ne font aucun effort pour introduire les langues africaines dans le système éducatif et même dans les secteurs d’activités sociales etc. Si vous prenez l’exemple des pays de l’Afrique de l’Est, Tanzanie, Kenya, tout se passe dans la langue, le Kiswahili, le Lingala. Les gens vont à l’école et s’instruisent avec ces langues. Eux ils n’ont pas de problèmes. C’est à l’université qu’ils commencent à utiliser la langue anglaise pour les recherches.


Ce choix d’enseigner jusqu’à un niveau les enfants dans leurs langues locales n’a pas d’impact négatif sur l’insertion des diplômés dans la vie professionnelle après l’université?

Cela dépend des pays. Dans certains pays on étudie les langues maternelles au premier cycle et après on introduit progressivement la langue occidentale, la langue importée, le français ou l’anglais. Dans les pays arabes par exemple tout se fait en arabe, le français et l’anglais sont utilisées comme langues secondes. Donc chaque pays a son système. Dans les pays anglo-saxons, on étudie la langue maternelle de la région dans les premières classes et l’anglais est introduit progressivement. Mais dans les pays africains francophones, tout est en français du début jusqu’à la fin. Il y a quand même des expériences qui ne sont pas d’envergure. Ce qui fait que nous avons des problèmes. On ne peut pas se développer avec la langue et la culture d’autrui. Ah oui ! A ce propos, il y a un auteur qui disait que «la langue identifie culturellement et techniquement les pensées et les inventions». Tous les courants théoriques, les outils méthodologiques que nous utilisons, sont conçus sur la base de la langue d’autrui. Avec cela, nous disons que nous avons des problèmes de développement en Afrique, parce que le développement est un concept qui nous est étranger. Dans nos différentes langues, se développer c’est aller de l’avant, mais cette notion n’est pas conceptualisée. Les occidentaux ont eu la chance de la conceptualiser.

Est-ce que nos langues africaines telles qu’elles sont aujourd’hui enseignées, parlées, peuvent contribuer à notre développement ?

Il y a un grand débat à ce sujet. Si je prends les cas de l’Inde, des pays d’Asie du Sud-Est, de la Chine, Ils parlent leur langue et c’est avec elle qu’ils font tout. Ils ont atteint un niveau de développement tel qu’ils sont appelés pays émergents, pays à revenus intermédiaires ou pays en développement. Mais eux refusent ces termes et ils disent qu’ils sont des pays développés. Ils refusent même les indices de développement de la banque mondiale, l’indice de développement humain sans oublier le PIB et son mode de calcul. Ce mode de calcul fait que tous ces pays-là seront toujours à la traîne des pays développés de l’Occident. Le développement que les Etats-Unis, la France, l’Angleterre ont conçu au sortir de la deuxième guerre mondiale, est un appareillage organisationnel, Banque mondiale, Fonds Monétaire International (FMI) etc., et ce sont eux-mêmes qui conçoivent les indicateurs. Ils disent ce qu’il faut faire pour atteindre un niveau de développement. Les pays qualifiés d’émergents disent ne pas être d’accord avec le système occidental et veulent même créer leur banque mondiale avec l’Afrique du Sud et concevoir leur indicateur de développement. Si nous prenons le cas des pays anglophones comme la Tanzanie, ils ont certes introduit la langue dans une série d’activités quotidiennes et obtenu un taux de croissance oscillant entre six et dix pour cent, mais est-ce qu’ils ont atteint un niveau de développement ? Ils restent et demeurent des pays sous-développés malgré l’introduction de la langue locale. La langue permet de dynamiser le développement, de mettre en place le développement participatif et conscientise les gens dans tous les secteurs d’activités sociales, économiques.

Faire en sorte que la langue dynamise le développement, doit être à votre avis une initiative menée par chaque pays ou bien par des institutions sous régionales comme la CEDEAO ?
Il y a eu des initiatives de l’Union Africaine, qui a mis en place une structure qui permet de baliser les grandes langues véhiculaires parlées en Afrique. Une fois ces langues véhiculaires majoritaires parlées en Afrique identifiées, il faudra essayer de les codifier, c’est-à-dire, fixer l’orthographe et les introduire au niveau de l’ordinateur pour une plus grande vulgarisation sur internet. Pour cela malheureusement on ne voit rien poindre et ce n’est pas pour demain. Il y a également une structure au niveau de l’Afrique centrale qui fait des démarches similaires à celles de l’Union Africaine, mais cela reste sans suite. Justement parce que très souvent les Etats africains ne donnent pas leur contribution, et c’est le pays qui accueille la structure qui accorde beaucoup plus de moyens financiers pour sa survie. Il y a un véritable problème à ce niveau.

Alors peut-on dire que nos Etats ont failli, puisque jusqu’à présent ils n’ont pas pu mettre en place des politiques linguistiques viables, capables de faire en sorte que l’Afrique soit décomplexée en termes de langue ?
Les Etats ont des problèmes économiques, de développement, les politiques linguistiques ne sont pas leur priorité. Ils ont des préoccupations telles que construire des hôpitaux, des écoles, des routes. Du coup, ils ne peuvent pas investir assez de ressources financières dans ce genre de politique et c’est la réalité dans tous les pays africains. C’est une question de volonté politique. Par exemple en Somalie, l’Etat a pu imposer le somali comme langue officielle. Certes la Somalie reste un pays très pauvre. Mais au moins son exemple montre qu’on peut mettre en place des styles de développement endogène, participatif, mais localisés.  

Professeur ABOLOU, quand on prend le cas de la Somalie, où la langue locale a été imposée, on constate que la potentialité de la langue de renforcer les liens entre les ethnies n’est pas effective.  La Somalie est en crise depuis plusieurs années, et la langue n’a pas permis aux Somaliens d’être de véritables frères et sœurs.
Oh oui ! Mais pas la langue, mais les usagers de la langue. La conquête et la conservation du pouvoir sont tout un problème.

Dans l’ouvrage de Venance KONAN intitulé Edem KODJO, un homme, un destin, l’ex Premier ministre du Togo et ancien Secrétaire général de l’Organisation de l’Unité africaine a déclaré à propos du français parlé par la grande majorité des Ivoiriens ce qui suit : « L’un des plaisirs que j’ai quand je suis à Abidjan est de quitter l’hôtel Ivoire et aller dans le petit village d’à côté me promener. Ecouter les gens parler et voir les enfants jouer. J’aime écouter l’Ivoirien moyen parler à Abidjan, je trouve cela succulent et totalement délicieux ». En tant que citoyen ivoirien, que pensez-vous des propos de l’intellectuel et homme politique togolais ?

Le français populaire ivoirien est devenu notre langue véhiculaire parce qu’en Côte d’Ivoire il n’y a pas une grande langue véhiculaire nationale. Les langues véhiculaires sont confinées dans le commerce. Les Ivoiriens pour s’entendre utilisent un français qui est le français populaire. Il s’est enrichi d’emprunts dans différentes langues ivoiriennes. C’est le français populaire d’Abidjan qui a pris aujourd’hui une dimension nationale qu’on appelle le français populaire ivoirien. Mais à côté, il y a le nouchi qui est parlé par les jeunes désœuvrés, qui sont dans les gares routières, dans les marchés, dans les rues. Moi personnellement, je ne parle pas le nouchi. Dans le cadre de mes activités scientifiques, j’ai étudié le français populaire d’Abidjan et j’ai fait ma thèse là-dessus. Dans ce type de français, la syntaxe existe bel et bien, mais on n’utilise pas d’article. Les gens n’ont pas besoin d’aller à l’école pour apprendre le français, mais ils parlent le français populaire. Ce français populaire est incompréhensible pour un citoyen de la France. Pour comprendre, il lui faudrait quelques minutes d’attention. C’est un français parlé avec toutes les sonorités et curiosités lexicales africains. Mais je trouve qu’une langue africaine serait mieux.
 
 







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