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La notion de médiation au menu d’une conférence à l’Université de Kara

La notion de médiation au menu d’une conférence à l’Université de Kara

Une conférence sur le thème La méditation linguistique en Afrique entre cultures et civilisations spécifiques s’est déroulée, le jeudi 15 juin 2017, au campus sud de l’Université de Kara. Animée par le Professeur Camille Roger ABOLOU de l’Université Alassane Ouattara de Bouaké (Côte d’Ivoire), en mission d’enseignement dans le cadre du master en Lettres, Littératures et Arts, cette rencontre a permis de discuter des valeurs ancestrales pouvant aider l’Afrique à se développer.  La conférence a été suivie par les enseignants-chercheurs et les étudiants, en particulier ceux des masters de Lettres modernes, Anglais et Linguistique. Au cours de la conférence, le rôle de modérateur des débats était revenu à Mme Balaïbaou KASSAN, Maître de conférences en Linguistique et directrice de la Bibliothèque universitaire.

La rencontre a débuté par la présentation du conférencier, le Professeur ABOLOU, par Mme KASSAN. Le Professeur ABOLOU est sociologue et sociolinguiste de formation. Il est enseignant au département des sciences du langage et de la communication à l’Université Alassane Ouattara de Bouaké. Il est auteur de plusieurs publications et ouvrages dont, Langues africaines et développement, Langues et médias en Afrique noire francophone, Les français populaires africains et La citoyenneté de la parole en Afrique. Pour Mme KASSAN, cette conférence est une opportunité d’échange qui participe à la formation des étudiants.
Prenant la parole, le Professeur ABOLOU a apprécié l’initiative qui le convie à animer une conférence. Selon lui, l’Université de Kara est dans le droit chemin en initiant ces conférences-débats, car elles participent à l’animation scientifique d’une université. Abordant alors le thème de la conférence intitulée La méditation linguistique en Afrique : entre cultures et civilisations spécifiques, il s’est appesanti sur le terme médiation en faisant comprendre que de nos jours, elle existe et intervient dans plusieurs domaines du droit, et spécialement dans le règlement de litiges, les cas de conciliation et d’arbitrage. Appréhendée ordinairement comme une interposition plus ou moins institutionnalisée lors des conflits, des écarts ou des absences, la médiation qui vient du latin médium est un instrument d’arrangements sociaux, de gouvernance et de développement. Actuellement, elle fait l’objet d’un renouvellement de sa problématique et des terrains de recherches visibles dans les thématiques de l’interculturalité, de la réconciliation nationale, de l’entreprenariat, de la démocratie. « Le concept même de la médiation se constitue comme un enjeu scientifique et pragmatique », a fait savoir le Professeur ABOLOU.
Le décor étant ainsi planté, la communication du Professeur ABOLOU a porté sur deux aspects. La description de quelques formes spécifiques de médiation en Afrique et la contribution de ces formes de médiation au développement économique, politique et scientifique.
Parlant des formes spécifiques de la médiation en Afrique, il en a distingué trois : l’alliance interethnique, l’arbre à palabres et le bois sacré. S’agissant de l’alliance interethnique, c’est en général une médiation de détente, de laisser aller qui permet d’ériger des espaces de vivre ensemble et de stabilité sociale. De son côté, l’arbre à palabres qui est une médiation juridico-politique, est un espace symbolique de rassemblement et d’interaction langagière sur les problèmes sociaux et politiques. Tous les conflits et malentendus se règlent sous l’arbre à palabres de manière à régulariser la société. Quant au bois sacré, encore appelé forêt sacrée, c’est une médiation technico-scientifique. Il est la veille scientifique et technique des Africains dans le sens où il représente un laboratoire d’expériences dans les domaines de la cosmographie, de la botanique, de la zoologie, de la minéralogie, de la géographie, de la médecine etc. Il assure également les fonctions religieuses, politiques, économiques et culturelles. C’est un vivier de savoir et de savoir-faire.
Abordant le second volet de sa communication, le conférencier a fait comprendre que ces médiations issues des valeurs ancestrales africaines sont des dispositifs pouvant contribuer au développement de l’Afrique. A ce niveau, il a évoqué trois sortes de dispositifs nécessaires à ce processus de développement. Ces dispositifs sont entre autres le dispositif socio-culturel, le dispositif socio-politique et le dispositif technico-scientifique. Le dispositif socio-culturel, lié à l’alliance interethnique, s’applique dans la construction sociale et met à jour un management interculturel. Il instaure également l’esprit communautaire et développe la solidarité sociale. Ce dispositif fait des sociétés africaines des systèmes ouverts, car les échanges interculturels préconisent l’interrelation comme gage de développement des organisations africaines. Parlant du dispositif  socio-politique, lié à l’arbre à palabres, il permet d’instaurer le processus démocratique dans les sociétés africaines. Le dispositif technico-scientifique, qui a trait au bois sacré, instaure des jalons de la science en Afrique. C’est un dispositif qui vulgarise des connaissances traditionnelles et modernes. La connaissance moderne fondée sur le raisonnement logique est l’apanage des langues occidentales, or la connaissance traditionnelle va de pair avec les langues africaines. D’où la nécessité de valoriser les langues africaines.
En fin de propos, le conférencier a déploré l’absence et la faible utilisation de ces valeurs ancestrales africaines dans le processus de développement. « Nos sociétés resteront sous-développées si elles ne font pas l’effort d’intégrer et de mettre en exergue ces dispositifs », a-t-il fait remarquer.
Après cette présentation, le débat qui a suivi a permis au public d’échanger avec le conférencier sur un certain nombre de faits qui retardent le développement de l’Afrique. La question centrale des discussions étant : comment avec ces ressources ancestrales l’Afrique n’arrivent toujours pas à se développer ? En guise de réponse à cette interrogation, le conférencier a fait savoir que des efforts sont actuellement menés dans ce sens dans les pays africains, même si ces efforts sont encore timides. Il a reconnu qu’il faudrait également une véritable volonté politique et nationale pour que ce processus soit effectif. Aux réponses du Professeur ABOLOU, des contributions ont été apportées par M. Mimboabé BAKPA, enseignant-chercheur au département des Sciences du Langage.
Au sortir de cette conférence, les participants n’ont pas manqué d’exprimer leurs avis. « Nous sommes appelés à réfléchir sur le développement de l’Afrique et cette conférence vient à point nommé pour nous donner des orientations utiles. Nous avons appris des choses sur la médiation et l’importance des valeurs ancestrales africaines. Nous souhaitons que les enseignants intervenant au campus  puissent animer régulièrement des conférences de ce genres pour nous aider dans notre formation », a laissé entendre  M. Pouwédéou KODOM, étudiant en master des Sciences du Langage. Pour Mlle Magim TIORE, étudiante en licence au département des Sciences du Langage, le thème était pertinent et la conférence bien nourrie. Une occasion pour elle d’en savoir davantage sur la  médiation, son fonctionnement dans le contexte de diversité culturelle. Selon M. Jean-Paul LAKAZA, étudiant en master de Lettres Modernes, «Cette conférence a mis en lumière les aspects qui sous-tendent le retard de développement de l’Afrique et qui sont issus de la perte de nos valeurs. Suite à cette conférence, nous constatons que le développement de l’Afrique peut être enclenché par la revalorisation du patrimoine culturel africain.»








Article sur la CONFERENCE du PROF ABOLOU.pdfLa notion de médiation au menu d’une conférence à l’Université de Kara

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